
[Critique de l’album]
[Les Chroniques d’Eddy]
Un album de metal noir québécois sur fond thématique de la carrière politique de Maurice Duplessis ? Ce projet un peu fou nommé Bagoth a été imaginé et réalisé par deux membres d’Orloge Simard. Il voit enfin le jour ce vendredi 27 février, après près de cinq années de travail. Retour sur ce disque qui dépeint la Grande Noirceur de façon brutale et intense.

Le projet Bagoth est une formation saguenéenne qui a vu le jour grâce au génie créatif de deux musiciens bien connus au Québec : Guillaume Bouchard et Andy Ellefsen. Les deux acolytes sont respectivement bassiste et claviériste dans le groupe Orloge Simard. Vous savez, ce quintet de joyeux lurons qui rend hommage à la débauche, au Saguenay et au chaumardise par le biais de la musique depuis 2012. Je suis un grand fan d’Orloge Simard et j’essaie de les voir dès qu’ils viennent en spectacle à Québec car je passe toujours des soirées d’anthologie.
Quand j’ai appris que le projet Bagoth allait sortir son premier album intitulé Martyrs Duplessis, je me suis empressé de demander aux musiciens le disque en avant-première. J’étais curieux et j’avais de grandes attentes connaissant le talent et la créativité du duo. Eh bien je fus agréablement surpris car cette oeuvre est épique et captivante à souhait. On ressent les années de travail et le souci du détail autant dans les textes que dans la musique, tous deux mûrement réfléchis. Musicalement ça brasse sauvagement dans la plus pure tradition du black metal, avec la particularité d’avoir des paroles en français. Les paroles sont sombres et font référence à Maurice Duplessis et à la période où il fut le premier ministre du Québec, plus connue sous le nom de « grande noirceur ». Mais l’originalité est le fait que ce soit conté comme un conte horrifique, qui braque délibérément le projecteur sur la part d’ombre du règne du « Chef ». L’autorité et la terreur sont palpables dans l’ambiance créée autant dans les textes et l’orchestration, mais aussi grâce aux choeurs. En parlant des choeurs, je trouve qu’ils apportent une atmosphère sombre et oppressante. Ce qui m’est venu directement à l’esprit, c’est les chants bolcheviques, notamment ceux des Choeurs de l’Armée rouge. Le chant guttural est assuré par Guillaume tandis que le chant narratif est interprété par Andy.
L’origine du nom du projet fait référence au quartier de la ville de Saguenay, Bagotville, où les deux musiciens ont longtemps vécu. Un « h » a délibérément été ajouté pour le rendre gothique.
Bagoth est né durant la pandémie car Orloge Simard n’avait pas pu honorer la tournée de l’album « A chacun son Waterloo ». Guillaume est un hyperactif de la création et comme il a toujours besoin d’avoir un dessein sur la table, il a décidé que ça allait être du metal. Il cite d’ailleurs dans ses influences et inspirations : Black Sabbath, Opeth, Burzum, Immortal, Dissection, mais durant cette période il écoutait aussi Mark Lanegan, Motörhead et Steven Wilson. Le concept est original et, à ma connaissance, personne n’a jamais sorti un enregistrement metal sur Maurice Duplessis. Andy avait toujours été partant pour sortir un disque sur ce premier ministre polarisant et s’occuper de l’écriture des textes. Il trouvait fascinante la façon dont l’homme s’exprimait dans ses discours, un orateur hors pair ! Guillaume a composé tous les instruments et voulait les enregistrer, mais, trouvant que les compositions avaient trop de potentiel, il a préféré s’entourer de deux musiciens experts pour les guitares et la batterie. Il a donc fait appel à Michel Bélanger (Gorguts et Cynic) pour les parties de batterie tandis que Christopher Rannou (Beyond Fiction) signe les guitares, le mixage et le matriçage. Guillaume assure la guitare acoustique, la basse, les claviers et le chant guttural.
Pour le style vocal d’Andy, il a été inspiré du morceau d’Orloge Simard « Race de soif », mais en plus fâché ! Olivier Simard fait partie des choeurs et si on tend l’oreille, on reconnaît son timbre de voix. Les paroles ont toutes été écrites par Andy sauf celles de la pièce « Saint-Jean-de-Dieu », qui proviennent de la plume de Guillaume.
Mes morceaux préférés sont Martyrs Duplessis, La loi du cadenas, Louis IX dans le ciel de Trois-Rivières, Talboth néogoth et Saint-Jean-de-Dieu.
J’ai vraiment adoré cette oeuvre exclusive, originale et osée ! Musicalement c’est un black metal assez technique et vraiment qualitatif. On y retrouve des riffs/solos de guitares accrocheurs et bien ficelés, une batterie percutante et un certain contraste au niveau du chant parlé/guttural. C’est brutal mais à la fois abordable car les compositions sont toutes mélodiques, en partie grâce à la présence des choeurs. J’espère que Martyrs Duplessis aura le succès qu’il mérite car je l’ai trouvé brillant et brut de décoffrage. Un vent de fraîcheur dans le paysage metal québécois pour cet opus à la virtuosité furieusement efficace. Mets le son dans le tapis et profite de cette création unique en son genre, qui, je l’espère, deviendra culte.
▶ Disponible sur toutes les plateformes: https://bfan.link/martyrs-duplessis-album
Bandcamp: https://bagoth.bandcamp.com/album/martyrs-duplessis
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Pochette de l’album réalisée par Bianca Dallaire.
Playlist Youtube:
par Édouard Dubuisson













