Guhn Twei : La bouche de l’enfer qui s’ouvre pour avaler Glencore.

Parmi les groupes québécois qui volent haut depuis le début de l’année, Guhn Twei s’illustre certainement comme une formation ayant le vent dans les voiles. Peu après l’annonce de leur association avec l’incontournable label punk-rock Slam Disques, le quatuor de Rouyn-Noranda n’a pas chômé en nous offrant les singles « Coquerelles », suivi de « Une ville, une mine, un cancer ». La table était mise pour la sortie de l’album, annoncé pour le 11 mars 2026, date d’anniversaire officielle de Rouyn-Noranda.

Il est difficile d’imaginer une formation plus engagée que Guhn Twei – Ils sont, de plus d’une façon, la voix de Rouyn-Noranda, une ville fondée par une compagnie minière, Noranda Mines, il y a cent ans jour pour jour. C’était la naissance d’un environnement nocif qui a affecté les vies d’un grand nombre d’employés et de résidents, incluant celle du chanteur, Simon Turcotte.

« Une ville, une mine, un cancer »

Cet album, c’est un gigantesque fuck you, bien monté, bien écrit, et bourré de talent.
En commençant par ses textes : Des paroles crues, pleines de ressentiment, mais surtout, plus vraies et sincères que ce à quoi nous habituent la majorité des artistes. Treize chansons (même le nombre de chansons est symbolique, du moins, j’imagine) qui ont toutes le même but : Peindre un portrait de la misère et de la rage qu’entraînent la compagnie Glencore et la fonderie Horne, macérant dans une culture de peur et de silence qui empoisonne la vie des Rouynorandiens presque autant que ce qui émane de la fonderie.

« 100 ans encore et il n’y aura plus rien, que les cendres d’une ville fantôme et l’ombre des cheminées au milieu des tombes. » pouvons-nous lire dans « Ville fantôme », la première track de l’album, une pièce lourde et troublante, mais aussi une entrée en matière très imagée, très représentative de la pochette de l’album, une oeuvre de l’artiste Juliette Lemieux qui dépeint le cimetière Notre-Dame de Rouyn-Noranda, surplombé par la fonderie elle-même en arrière-plan, comme une menace omniprésente.

S’ensuivent très rapidement les deux chansons ayant paru en tant que singles avant la sortie de l’album, soit « Coquerelles » et la chanson éponyme « Une ville, une mine, un cancer » qui transportent toutes deux le son très reconnaissable de Guhn Twei, soit un beat violent et acharné et des ponctuations fortes qui punchent toujours aussi bien. Les deux s’enchaînent d’ailleurs parfaitement, avec un grésillement à la fin de Coquerelles et au début de « Une ville […] » qui d’ailleurs, nous laisse entendre un peu plus la voix de Jeanne, dont les performances vocales tout au long de l’album sont parfaites, apportant une dimension supplémentaire au son de l’opus, qui en bénéficie grandement. La chanson est suivie de la track « À bout de souffle », ma préférée de l’album à la première écoute, sur laquelle d’ailleurs se trouve le premier des deux features, celui du groupe Barre à Clou, aussi originaire de Rouyn-Noranda.

L’album lui-même, bien qu’étant un cri à l’aide, est aussi un incitatif à la révolte et à la violence qui peut-être perçu de bien des façons, mais qui reste complètement assumé par le groupe.

Guhn Twei en spectacle au Café Coop – Crédits photo: Guy Charpentier

« Les écocidaires ont des noms et des adresses. » sont d’ailleurs les seules paroles de la piste « 101 Avenue Portelance » (adresse officielle de la fonderie Horne), une piste incendiaire au rythme endiablé qui nous fait comprendre à quel point les membres de Guhn Twei sont bien loin d’avoir envie de mettre des gants blancs.

« La musique perd tout son sens quand on regarde qui la finance. Être sur la scène en ce moment même, j’enverrais chier tous les commanditaires, j’casserais ma guit et je crisserais le feu, j’irais en d’dans pour appel à l’émeute. Culture du silence, vendus, connivence. » peut-on d’ailleurs lire dans « Culture du silence » en référence à leur annulation de la programmation du AlienFest pas plus tard qu’en 2024, une nouvelle qui avait soulevé une certaine controverse, notamment envers la liberté d’expression des artistes.

L’album prend une tournure beaucoup plus tragique dans sa deuxième partie, ou une fenêtre très claire s’ouvre sur l’état d’esprit de Simon Turcotte durant son parcours à travers le cancer et la perte de sa jambe droite, amputée en 2020. Bien que l’album continue de nous frapper à grands coups de riffs et de blast beats incendiaires, c’est parfois les paroles qui nous assomment le plus fort. Des pistes comme « Patient no. 1852606 », ou on nous décrit lentement l’anticipation de l’amputation dans une voix calme mais haunting, ou bien dans « Doux souvenirs de l’abattoir », ou les paroles sont à nouveau difficiles à entendre:

« Le premier coup de lame, le premier jet de sang, le dernier mouvement, le dernier signe de vie, le dernier bout de chair qui se déchire, nous sépare, à jamais. »

L’album se clôt avec « Suicide collectif », sur laquelle se trouve le deuxième feature de l’album, cette fois par Scare.
Dans mon livre à moi, « Suicide collectif », c’est un chef d’oeuvre – surtout lorsqu’elle porte la lourde tâche de fermer le livre qui renferme une histoire aussi sanglante et tragique. Elle le fait pourtant à la perfection, et je vous laisse découvrir par vous-même pourquoi.

L’impact que peut laisser une œuvre

« Une ville, une mine, un cancer » est un album à propos duquel j’aurai pu écrire de nombreuses pages supplémentaires sans réellement être capable de faire le tour de tout ce qui peut être dit. Pour un journaliste, mais surtout, une personne ayant évolué pendant des années dans des milieux musicaux différents, l’album de Guhn Twei est une petite perle. Il arrive rarement qu’on puisse tomber sur une œuvre qui porte une couleur aussi définie, aussi assumée et aussi poignante, peu importe le style musical dans lequel on évolue. Devant un cri aussi fort, il est difficile de comprendre l’impact qu’il entraînera dans cinq ou dix ans. On peut parfois placer dans le grand puzzle de l’histoire des œuvres artistiques qui auront influencé des changements sociaux. « Une ville, une mine, un cancer », s’en est peut-être un.

UNE VILLE, UNE MINE, UN SILENCE – 10 / 10

Écoute/Stream de l’album:
Bandcamp: https://guhntwei.bandcamp.com/album/une-ville

Guhn Twei:

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