Près de 20 ans après la sortie de Count Your Blessings, BRING ME THE HORIZON prépare une nouvelle édition de son premier album. Oli Sykes porte aujourd’hui un regard beaucoup plus tendre sur ce disque deathcore longtemps tenu à distance par le groupe.
Avant cet album, BRING ME THE HORIZON avait lancé son premier EP, This Is What the Edge of Your Seat Was Made For, en octobre 2004. Son approche particulièrement lourde avait rapidement permis au groupe de se faire remarquer. Encore adolescents, les musiciens avaient ensuite voulu créer avec Count Your Blessings un album aussi brutal que possible, fortement inspiré par leur amour du deathcore.
Décrit par Oli Sykes comme un album « lourd simplement pour être lourd », le disque avait connu beaucoup de succès auprès des fans. BRING ME THE HORIZON était même devenu l’un des groupes les plus écoutés de l’histoire de MySpace.
Malgré cette popularité, le chanteur a longtemps entretenu une relation compliquée avec l’album.
« Ce n’est pas vraiment que nous en avons honte ou que nous ne l’aimons pas. Nous avons tellement progressé et changé qu’il nous donne l’impression d’entendre un groupe complètement différent », explique Oli Sykes.
Les critiques mitigées publiées à l’époque, notamment par Kerrang!, avaient aussi contribué à forger la mentalité du groupe.
« Lorsque nous avons commencé, tous les critiques étaient contre nous. Nous avons maintenant cette mentalité d’outsiders. Peu importe à quel point nous devenons importants, nous ne nous considérons jamais comme un grand groupe. »
À cette époque, les membres de BRING ME THE HORIZON ne pensaient pas encore à une carrière à long terme. Ils voulaient simplement enregistrer de la musique, donner quelques concerts et s’amuser. Le succès de l’album leur avait néanmoins permis de partir en tournée aux États-Unis et en Europe.
Avec le recul, Sykes considère Count Your Blessings comme un album plutôt dérivé, dont les influences, particulièrement Cannibal Corpse et Suffocation, sont faciles à reconnaître. Le disque a cependant établi les premières fondations de l’immense popularité que connaîtrait éventuellement le groupe.
Un album devenu une capsule temporelle
À l’époque, les musiciens ne réalisaient pas l’importance que l’album allait prendre pour une partie de leur jeune public. Vingt ans plus tard, Oli Sykes voit maintenant cette période d’un autre œil.
« Maintenant, 20 ans plus tard, il semble vintage et classique. On peut le regarder différemment. Ce n’est plus simplement un album vieux de cinq ans. On peut maintenant le considérer comme une partie de la culture et du mouvement musical de cette époque. »
Pour souligner son 20e anniversaire, BRING ME THE HORIZON lancera donc une nouvelle version de Count Your Blessings. Oli Sykes et le guitariste Lee Malia ont travaillé avec le musicien et producteur suédois Buster Odeholm afin d’améliorer certains éléments des enregistrements originaux.
Selon Sykes, les jeunes membres du groupe ne savaient pratiquement pas ce qu’ils faisaient lorsqu’ils ont enregistré l’album avec le producteur Dan Sprigg. Ils comprenaient encore mal les BPM, le tempo et le rythme, et n’ont jamais été entièrement satisfaits du résultat sonore.
Leur désir de faire la fête n’avait probablement pas aidé non plus. Après tout, ils étaient encore des adolescents qui donnaient des spectacles et qui ne prenaient pas toujours les séances d’enregistrement aussi sérieusement qu’ils auraient pu le faire.
« Je me rappelle avoir écouté l’album dans la voiture en revenant du studio après avoir travaillé dessus pendant deux mois. Nous avions enregistré les voix dans une salle de bain parce que nous nous étions dit qu’il y avait de la réverbération dans la salle de bain et que c’était une excellente idée. C’était une idée terrible. »
Des pistes audio récupérées sur YouTube
Le groupe voulait corriger certaines imperfections sans complètement transformer l’œuvre originale. Une refonte complète aurait pu entraîner les musiciens beaucoup trop loin de l’esprit du disque.
Comme les séances d’enregistrement originales n’étaient plus accessibles, BRING ME THE HORIZON a dû récupérer certaines pistes audio séparées directement sur YouTube. Le groupe a ensuite travaillé à distance, chacun depuis sa propre maison, afin de reconstruire et d’améliorer l’album.
Revisiter les paroles a aussi fait grincer des dents Oli Sykes. Le chanteur affirme qu’il n’écrirait plus aujourd’hui certains textes pouvant sembler misogynes ou violents, même s’ils n’avaient pas été créés avec de mauvaises intentions.
« Nous avons tous travaillé depuis nos maisons respectives pour assembler ce disque. Il sonne maintenant comme nous avions toujours voulu qu’il sonne, mais on ne peut pas transformer complètement quelque chose d’imparfait. Nous l’avions tous rejeté comme un album brouillon et mauvais. En le réenregistrant et en revivant tout cela, nous avons mieux compris l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvions. »
Le chanteur demeure impressionné que des adolescents aient réussi à créer un album complet avec aussi peu d’expérience.
« Comment nos versions âgées de 16 ans ont-elles même réussi à composer une chanson? Ce ne sont pas les meilleures chansons au monde, mais elles ne sont pas mauvaises pour des jeunes qui commençaient à peine. »
Le même album, mais mieux enregistré
Les fans craignant que cette nouvelle version dénature ce qui rendait Count Your Blessings mémorable peuvent toutefois être rassurés.
« Nous n’avons pas changé l’album. Nous l’avons simplement mieux enregistré. C’était beaucoup plus amusant que je le pensais. Pour le meilleur ou pour le pire, avec toutes ses imperfections, il demeure une capsule temporelle. »
En réenregistrant les chansons, Sykes s’est remis à « crier comme un démon » et à utiliser des techniques vocales qu’il n’avait pas employées depuis plusieurs années. L’expérience s’est finalement révélée amusante et lui a permis de renouer avec l’adolescent qu’il était.
Réécouter l’album pour la première fois en environ 15 ans lui a également rappelé une époque durant laquelle BRING ME THE HORIZON avait de grands rêves, mais encore très peu de certitudes.
« Cet album nous a montré qu’il y avait un avenir et nous a fait comprendre toutes les possibilités qui s’offraient à nous avec ce groupe. »
Après Count Your Blessings, BRING ME THE HORIZON est rapidement passé à l’écriture de Suicide Season, lancé en 2008. Sykes le décrit comme « un bien meilleur album, avec une identité beaucoup plus forte ».
Ce deuxième disque avait permis au groupe d’expérimenter davantage en fusionnant son metalcore avec des éléments électroniques et pop. Cette volonté constante d’évoluer allait éventuellement établir la réputation de BRING ME THE HORIZON comme un groupe capable de transformer son identité sonore d’un album à l’autre.
Des fans toujours attachés aux débuts deathcore
Pendant longtemps, lorsque des fans demandaient au groupe de jouer une chanson de Count Your Blessings, Oli Sykes croyait qu’il s’agissait de trolls ou de personnes cherchant simplement à provoquer des débats en ligne.
Son opinion a changé avec les années.
« Certains jeunes pensent que BRING ME THE HORIZON est devenu mauvais après son premier album, que tout le reste est nul et que celui-là est le seul bon. Je pensais qu’ils étaient des poseurs ou qu’ils disaient cela uniquement pour provoquer des disputes sur Internet. Mais je crois maintenant que beaucoup de personnes aiment sincèrement cet album. Il faisait probablement partie de leur adolescence ou de leur enfance. »
Même si le groupe joue rarement des chansons tirées de ses trois premiers albums, Sykes remarque toujours les demandes provenant du public.
« Nous avons tellement de meilleures chansons. Mais voir qu’il existe toujours autant d’amour pour cet album et pour cette époque nous a permis de nous y attacher à nouveau. »
Les reprises donnent une nouvelle vie aux chansons
Oli Sykes demeure également impressionné par le nombre de reprises des chansons de BRING ME THE HORIZON publiées par les fans et les autres musiciens. Entendre quelqu’un réinterpréter une pièce lui permet parfois de redécouvrir des compositions qu’il avait lui-même mises de côté.
Il cite notamment une reprise devenue virale sur TikTok de « Can You Feel My Heart », tirée de Sempiternal. La chanson originale approche maintenant le milliard d’écoutes. Plus récemment, la version de « Doomed » par Maphra, une pièce provenant de That’s the Spirit, a atteint le sommet du classement Hot Hard Rock Songs de Billboard.
Ces reprises prouvent selon lui que la musique de BRING ME THE HORIZON continue de toucher le public, peu importe l’époque ou l’album par lequel les fans ont découvert le groupe.
De la nouvelle musique est également en préparation
▶ Même si BRING ME THE HORIZON regarde actuellement vers son passé, le groupe n’oublie pas son avenir. Les musiciens travaillent sur de nouvelles chansons depuis un certain temps et seraient impatients de les dévoiler.
Pour l’instant, Oli Sykes souhaite toutefois offrir à Count Your Blessings le tour d’honneur que l’album mérite. Le groupe a également prévu jouer le disque au complet les 10 et 11 juillet à Manchester, au Royaume-Uni, un moment qui marquera un véritable retour aux sources.
« Nous ne pensions pas que cela allait devenir notre carrière. Je ne crois pas que nous réfléchissions aussi loin. Nous voulions simplement faire de la musique, donner quelques petits concerts, voir les jeunes faire des mosh pits et nous amuser. Après cet album, nous nous sommes dit que si nous mettions nos idées en commun et que nous tentions vraiment de créer notre propre son, nous pourrions peut-être en faire notre métier. »
Aujourd’hui père de jeunes jumeaux, Oli Sykes affirme que sa manière de voir les choses s’est adoucie. Un problème d’écran pendant un concert ou une note manquée ne ruinera plus sa journée. Cette nouvelle perspective lui permet aussi de mieux apprécier tout ce que BRING ME THE HORIZON a accompli.
« C’est ce que j’ai voulu toute ma vie. J’ai toujours eu cette mentalité qui consiste à continuer d’avancer, à ne jamais baisser la garde et à ne jamais tenir pour acquis que nous serons le plus grand groupe ou que tout fonctionnera éternellement. Je ne perdrai jamais cette mentalité. Mais lorsque tu montes sur scène et que 20 000 personnes regardent ton groupe, il faut vraiment prendre le temps de l’apprécier. »
Lien de l’entrevue: https://marvin.la/5319-2/
Source: Marvin





















