MU Média [Littérature] « Le silence de l’Ashram » – Une analyse du roman d’Alexandre Vézina par Molly Caisse-Vee

PAR MOLLY CAISSE-VEE
[Rédactrice]
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Le silence de l’Ashram par Alexandre Vézina – Quand repos n’est pas synonyme de tranquillité

Vous connaissez l’expression « tout est relatif »? Moi, je croyais la connaitre, mais je me suis trompée. Alexandre Vézina, auteur et propriétaire de Béliveau Éditeur a poussé le sens de cette maxime à un tout autre niveau. C’est 535 pages de relativité sous toutes ses formes!

À la suite d’une période mouvementée, Sophie Lavoie décide de quitter le pays pour une retraite de yoga en Inde ayant pour objectif se déposer, se reposer, prendre un moment pour elle sans avoir à guider ses clients et leur entreprise.

« Un uniforme, lui, répond à notre place : je suis des vôtres. »

Elle tisse des liens et se rapproche de certains participants. Puis, le lendemain, l’un d’eux manque à l’appel… Une disparition? Une décision de quitter? L’Ashram lui dit de ne pas s’inquiéter, mais c’est exactement ce qui crée l’inquiétude.

N’est-ce pas lorsque l’on nous demande de ne pas s’emballer que l’effet contraire se produit?

C’est là que la quête de paix intérieure devient un véritable défi. Les questions s’accumulent, mais les réponses concrètes, elles, se font attendre et sont remplacées par de belles phrases toutes faites.

Ce roman nous plonge dans les profondeurs de la manipulation et de l’angoisse, car oui, même confortablement installé, on ressent le trouble et les malaises qui s’empilent.

Dans cette œuvre la narration autodiégétique, qui nous fait découvrir l’histoire à travers le regard du personnage principal, nous donne un accès privilégié aux pensées de Sophie. Surnommée « la stratège » dans le récit, elle est un personnage complexe dont le mode de pensée influence directement l’orientation de notre lecture.

En effet, Sophie croit tout voir. Leader de nature, elle analyse chaque détail de l’ashram et en repère les incohérences, qu’elle tente d’affronter tête première. En étant plongés dans ses doutes, nous ressentons sa peur, son inquiétude et son angoisse, mais aussi les aveux qu’elle se fait intérieurement lorsque ses opposants ne réagissent pas comme elle l’avait prévu.

« Les gens vous aiment parce que vous rendez le système plus humain. Vous restez parce que vous croyez l’empêcher de devenir pire. »

Ce type de narration nous bloque également les points de vue des autres personnages. Un choix judicieux pour alimenter notre méfiance. Et nous empêcher de distinguer clairement les intentions de chacun.

De plus, chaque personnage semble avoir été pensé pour complexifier le casse-tête. Ceux qui paraissant les plus anodins et effacés deviennent en réalité des points d’ancrage du roman, des clés vers une vérité qui, elle, ne vient jamais seule.

« C’est fou comment les gens peuvent utiliser un compliment pour éviter de nous aider. »

C’est surtout la thématique de l’influence qui m’a personnellement touchée. C’est cet aspect qui me gardait au bout de ma chaise et qui m’a poussée à poursuivre ma lecture sans même y penser. Une vérité en entraine une autre, un doute se transforme facilement en peur et une décision peut rapidement être perçue comme une peur inavouée. Rien n’est « coulé dans le béton » comme on le dit si bien!

Une simple phrase peut changer le destin d’un personnage et c’est ce qui m’a fascinée. Le choix des mots devient crucial : il suffit parfois de quelques-uns pour orienter une réflexion, orienter une décision et mener quelqu’un exactement là où l’on souhaite. C’est une partie qui ne connait jamais de gagnant.

« Guider, c’est laisser l’autre repartir avec plus de pouvoir qu’il en avait en arrivant.
Contrôler, c’est lui faire croire qu’il est libre seulement lorsqu’il pense comme nous »

L’étrangeté est partout : dans la nuit, dans les corneilles, dans chaque sourire et chaque regard. On ne sait plus à qui ni à quoi faire confiance. Dès le troisième chapitre, on se retrouve à partager les sentiments de Sophie, à scruter les détails et les incohérences avec elle.

Petit fait intéressant : L’auteur et sa femme ont réellement visité l’ashram. J’imagine d’ailleurs que cette expérience a contribué à nourrir son intrigue. Alexandre Vézina m’a confié que certains évènements s’étaient réellement déroulés comme dans le roman. Cet aspect plus réel m’a littéralement donné des frissons, puisqu’il ajoute une couche de crédibilité à l’expérience vécue par le personnage.

Bref, j’ai adoré cette lecture et la recommande sans hésiter.

C’est un voyage en Inde, mais surtout un voyage à l’intérieur de soi. Cette lecture nous rentre dedans comme une claque en plein visage. Elle nous force à regarder nos décisions dans un miroir, tout comme nos émotions et les raisons qui se cachent derrière nos choix.

C’est un face-à-face avec sa propre personne.

« Comme s’il existait quelque part une décision débarrassée de la fatigue, de l’amour, de la culpabilité ou du désir d’être vu. »

Partir ou rester? La décision sera-t-elle réellement la vôtre?

▶ Pour commander:
Éditeur: Béliveau Éditeur
Maison d’édition: https://www.beliveauediteur.com/
Amazon.ca: https://www.amazon.ca/-/fr/Alexandre
LesLibraires: https://www.leslibraires.ca/livres/le-silence-de-l-ashram

Auteur: Alexandre Vézina
Facebook: https://www.facebook.com/profile.php?id=61551705204251

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Marc Desgagné

Propriétaire MetalUniverse.net | Originaire du Saguenay | Ville actuelle, Québec (Canada)

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